AVANT-PROPOS :
----------LE message FINAL ---------
De : Didier Levy <didier.levy98@gmail.com>
Date: mar. 22 sept. 2026 à 17:22
Subject: La vraie suite et fin de mon récit.
To: Michelle <…>
--------- message INTERMEDIAIRE ---------
De : Didier Levy <didier.levy98@gmail.com>
Date: dim. 20 sept. 2026 à 19:44
Subject: Fwd: COPIE
To: Michelle <…>
Mille pardons, Michelle, pour mon envoi prématuré !
Ne restent que quelques lignes pour conclure ...
supprimées par mon envoi. prématuré.
Didier
NB : les plus difficiles à écrire
La vraie suite et fin de mon récit.
C'est ENFIN COMPLET !
Récit où il va de soi que je ne me donne aucunement en
exemple, mais où je figure dans une simple illustration de ce qu'une absence de
l'être aimé produit d'insoutenable.
Sa cause, en l'espèce, pût-elle objectivement paraitre
appartenir aux choses courantes de la vie.
Didier
Le mar. 15 sept. 2026 à 20:41, Didier Levy <didier.levy98@gmail.com>
a écrit :
(…)
« Comment ça va avec la douleur »
?
Je me désole de ne pas être capable, dans la peine que je ressens, de vous
apporter dans l'instant un vrai secours. Mais je me dis que je puis, sous la
forme d'une confidence, me livrer à un partage. Celui de cette vérité
indépassable dont je puis faire, d'une certaine façon, un commun entre nous :
" L’absence d’un être aimé est une souffrance constante". Une
vérité que j'ai reçue à mon adolescence et qui a m'a pénétrée aussi
profondément que si j'étais tombé en sa possession. Depuis, chaque absence
subie, pour brève qu'elle ait été annoncée, m'en a apporté plus qu'une
confirmation : une réapparition.
Je ne voudrais pas que cette confidence vous choque. Mais je n'ai que ce
ressenti personnel de l'absence pour vous dire à quel point je tiens celle-ci
pour invivable - je parle bien d'un ressenti et de non l'absence elle-même, car
celle sur laquelle je reviens n'a pas un atome de ressemblance avec celle qui
vous a dévastée et qui vous accable.
> LA PUBLICATION ACHEVEE :
(...)
Voici cette confidence.
Que je n'ai faite à personne avant ce jour.
Parvenu en seconde, à l'attirance de l'échange et de l'amitié succéda le temps de tomber amoureux. Ce fut d'Isabelle, une fille de ma classe, protestante, dont les parents étaient l'un professeur de médecin et l'autre (sa mère) dans la recherche médicale. Mon second semestre fut celui d'une passion, platonique hors quelques rares baisers vers la fin. Une passion qui me fit écrire nombre de poèmes, dont le genre par lui-même occultait ce qui avait été leur genèse, et donc l'être qui les inspirait. Ils furent ainsi publiés, en une pleine page, dans le journal de l'Ecole ; les éloges de quelques professeurs me firent prendre la mesure de ce qu'était la vanité d'auteur ...
A la fin de ce semestre, se présenta évidemment l'échéance des vacances scolaires, et donc celle de la séparation qui allait en résulter. Curieusement, elle ne surgit qu'assez tard à mes yeux, mais ce fut alors pour moi un choc d'une violence si terrible que je ne parviendrais jamais à lui attribuer un qualificatif qui rende compte de la dévastation dont d'un coup elle m'avait traversé.
J'appris brutalement que le séjour de cette Malou se terminait. Quelle tristesse ce fut ! Et elle approfondissait soudain le relief qu'avait pris pour moi la lecture, les semaines précédentes, du Petit Prince de Saint-Exupéry (ce qui se reporta plus tard sur mon audition du disque tiré de ce conte et prodigieusement interprété par la voix de Gérard Philippe) : oui, à cet été-là, le Petit Prince devint mon instruction de ce qu'était l'amour, et me donna la première intelligence des souffrances qui l'accompagnaient. Dès le départ de Malou, je m'aperçus que je perdais pied, tombant dans une espèce de vide que je n'avais jamais connu. Je n'avais plus rien d'autre en tête, ou devant les yeux, que son absence, toujours présente, à la fois lancinante et inexplicable, et qui entourait chaque instant d'un désert sans limite.
Nos départs respectifs, en vacances pour Isabelle, en séjour linguistique en Angleterre pour moi, ne me firent pas revivre ce que j'avais auparavant vécu : disons que la séparation, cette fois, me fermait toute ouverture sur la vie. Qu'elle fut destinée à être brève - guère plus de deux mois -, ne comptait pas : elle signifiait simplement que sa charge de violence, pour moi incommensurable, ferait que je n'en atteindrais pas la fin. Parce que la durée d'un désespoir ne se prêtait pas à être raisonnée, et parce que le désespoir à lui seul décidait de tout. Ce qu'il fit, en occupant mon esprit d'une certitude qui ne laissa aussitôt de place à rien d'autre : ma vie ne continuerait pas son cours dans la privation d'Isabelle qui se refermait sur moi. Il n'y eut pas d'intervalle entre l'acquisition de cette certitude et ma décision, et je crois au reste que l'une et l'autre prirent place avant même la date où Isabelle avait à partir en Normandie avec ses parents.
Une semaine plus tard, mes préparatifs étaient faits : pour ce qui prit le plus (et beaucoup) de temps, l'écriture de la lettre d'explication que j'avais à laisser à mes parents et à mes frères, et pour ce qui ne pouvait se situer qu'au tout dernier moment, le détournement des somnifères dans la pharmacie familiale. Le soir venu, je laissais la lettre bien en vue sur mon bureau et je pris les médicaments avant de gagner mon lit pour ce que je m'attendais à être ma dernière nuit. Je pensais avoir largement compté la quantité de somnifères à avaler : pourtant, je me réveillai au matin, tout juste passablement embrumé. Pour retourner aussitôt puiser d'autres pilules dans la pharmacie de la famille - on me dira plus tard que j'avais pris tout ce que celle-ci en contenait -, et les avaler au plus vite, pour qu'elles aient le temps de faire leur effet, avant de regagner mon lit.
Je me réveillerai à l'hôpital Cochin. Ma mère, ou l'un de mes frères (je m'y perds un peu dans les récits qui m'ont été faits à l'hôpital), étonné(e) de ne pas me voir apparaitre, était allé(e) voir pourquoi je n'étais pas encore levé. Et ce furent donc aux ambulanciers des secours de me tirer du lit. Je sortirai de l'hôpital au bout de trois jours, après avoir dû entendre les remontrances d'un interne et, également, celles de mon frère ainé et parrain. Ma mère me parla seulement du drame que cela aurait été pour Isabelle si elle était venue à apprendre la place qu'elle avait eue dans un suicide que j'aurais réussi.
Ensuite, le silence s'installa. Personne n'évoqua plus ce que j'avais fait, ni n'y fit la plus infime allusion : j'en déduisis que c'était là la seule réponse possible à ce que j'avais commis d'impensable. La vie familiale reprit son cours ordinaire, ce qui me sembla évidemment un peu étrange dans un premier temps.
Pendant mon séjour en Angleterre, intervint la rupture entre Isabelle et moi : elle m'avait écrit qu'elle ne voulait plus recevoir, tous les deux ou trois jours, un courrier interminable où je dissertais sur la passion qu'elle m'inspirait - probablement, craignait-elle surtout que ses parents l'interrogent sur la fréquence des lettres qui lui parvenaient ainsi durant ses vacances dans le petit manoir familial (peu avant la rentrée, pour que la paix revienne entre nous, je lui fis une visite d'amitié au détour d'une randonnée pédestre et je découvris le charme de ce lieu en surplomb d'une boucle de la Seine). Dans l'immédiat, je répondis à sa mise en demeure par un court emprunt au Ruy Blas de Victor Hugo, emprunt qui répondait à son exigence de concision de ma part. Rien qu'un vers tiré d'une lettre que le roi d'Espagne adressait à la reine depuis l'une de ses chasses et qu'une dame de compagnie (convenance de l'époque) lisait à haute voix devant celle-ci - Ruy Blas, déjà "vers de terre amoureux d'une étoile", présent parmi les laquais étant l'un des auditeurs :
"Madame, il fait grand froid et j'ai tué six loups".
Mais il ne serait en l'état qu'une succession de faits, pour l'essentiel insolites ou choquants. Le court extrait d'une autobiographie, propre à être lu, au minimum, avec sévérité.
J'y ajoute ce que la dite séquence m'a laissée, et me laisse, comme interrogation. Et également ce qui pourrait être, non la circonstance atténuante de mes actes, mais la sorte d'enseignement que j'ai pensé pouvoir en tirer.
L'interrogation porte sur ce qui pourrait expliquer que j'ai commis une tentative de suicide en deux temps. Le second dès mon réveil de ce que j'avais pensé être ma dernière nuit : ma résolution était-elle si forte que ma nouvelle prise de somnifères s'est décidée comme si elle s'enchainait spontanément avec la première (et dans une continuité de mouvement dont un défaut de conscience de la durée de mon endormissement initial donnait l'illusion, ou quelque chose d'assez voisin) ? Ou bien, les somnifères pris en premier m'avaient-ils affaibli au point d'abolir tout réflexe déclencheur d'une nouvelle réflexion aux fins de confirmer ma décision ? Je demeure irrévocablement sans réponse quant à l'espèce d'automaticité de ma récidive.
J'ai en revanche appris, dans le vécu de cet épisode, que j'étais de ceux et de celles dont le cœur se brise, et non se bronze, dans l'absence de l'être aimé. Une alternative dont le premier terme active une prédisposition à tout briser en soi et autour de soi, l'absence n'eût-elle qu'une durée que les autres jugeraient tout à fait supportable, et sa raison fût-elle dépourvue du caractère dramatique qui justifie trop les plongées dans l'abîme. Ce constat enclencha un apprentissage de la résilience qui s'opéra - il me semble bien - sans m'investir dans un combat personnel : entrait très probablement en cela qu'à trop me confronter à cet apprentissage, je devais craindre de le remettre en cause. Mon premier mariage, très précoce (j'avais 18 ans), m'écarta au reste d'une autre confrontation avec la solitude affective.
La résilience était en tout cas acquise quand, bien plus tard, une nouvelle passion survint dans ma vie : j'étais trentenaire et amoureux de celle qui devint ma seconde épouse.
> (…).
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gmail.com>
a écrit : MESSAGE INITIAL
Vous savez les Africains demandent « comment ça va avec la douleur » ?
(J’ai connu professionnellement beaucoup d’africains et d’africaines) je
répondrais « pas bien » ! Sur l’échelle de 1 à 10 des occidentaux, je suis à 8…
L’absence d’un être aimé est une souffrance constante.
Michelle