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mercredi 23 septembre 2026

MEMOIRES : un extrait qui avait longtemps gagné à ne pas être écrit.

 AVANT-PROPOS :

----------LE message FINAL ---------
De : Didier Levy <didier.levy98@gmail.com>
Date: mar. 22 sept. 2026 à 17:22
Subject: La vraie suite et fin de mon récit.
To: Michelle <…>

 

--------- message INTERMEDIAIRE ---------

De : Didier Levy <didier.levy98@gmail.com>

Date: dim. 20 sept. 2026 à 19:44

Subject: Fwd: COPIE

To: Michelle <>

Mille pardons, Michelle, pour mon envoi prématuré !

Ne restent que quelques lignes pour conclure ... supprimées par mon envoi. prématuré.

Didier

NB : les plus difficiles à écrire

 

La vraie suite et fin de mon récit.

C'est ENFIN COMPLET !

Récit où il va de soi que je ne me donne aucunement en exemple, mais où je figure dans une simple illustration de ce qu'une absence de l'être aimé produit d'insoutenable. 

Sa cause, en l'espèce, pût-elle objectivement paraitre appartenir aux choses courantes de la vie. 

Didier

 

 

Le mar. 15 sept. 2026 à 20:41, Didier Levy <didier.levy98@gmail.com> a écrit :

(…)

          « Comment ça va avec la douleur » ? 

Je me désole de ne pas être capable, dans la peine que je ressens, de vous apporter dans l'instant un vrai secours. Mais je me dis que je puis, sous la forme d'une confidence, me livrer à un partage. Celui de cette vérité indépassable dont je puis faire, d'une certaine façon, un commun entre nous : " L’absence d’un être aimé est une souffrance constante". Une vérité que j'ai reçue à mon adolescence et qui a m'a pénétrée aussi profondément que si j'étais tombé en sa possession. Depuis, chaque absence subie, pour brève qu'elle ait été annoncée, m'en a apporté plus qu'une confirmation : une réapparition. 

Je ne voudrais pas que cette confidence vous choque. Mais je n'ai que ce ressenti personnel de l'absence pour vous dire à quel point je tiens celle-ci pour invivable - je parle bien d'un ressenti et de non l'absence elle-même, car celle sur laquelle je reviens n'a pas un atome de ressemblance avec celle qui vous a dévastée et qui vous accable.

 

> LA PUBLICATION ACHEVEE :

     (...) 

Voici cette confidence.

Que je n'ai faite à personne avant ce jour.

 Dès la classe de 5ème, j'ai eu la chance de faire ma scolarité du secondaire à l'Ecole Alsacienne, établissement d'inspiration protestante où l'éducation à la liberté et l'enseignement de la responsabilité allaient de pair - une découverte, puis un temps de bonheur pour moi qui sortait de deux années punitives d'internat, entre caserne et prison, et surtout marquées par une privation complète d'affection, dans un collège fondé et tenu par des Oratoriens. L'autre découverte, aussi saisisante à sa façon, tenait à ce que l'Ecole était alors l'un des rares lieux d'enseignement ouverts à la mixité : me retrouver ainsi au milieu de tant de filles me transporta dans un bien être indicible - je crois que de là est né mon inébranlable préférence à échanger avec des dames plutôt qu'avec des messieurs (et déjà sur le premier critère de la disposition naturelle à penser, qui m'apparaissait bien plus couramment rempli par les premières).

 Parvenu en seconde, à l'attirance de l'échange et de l'amitié succéda le temps de tomber amoureux. Ce fut d'Isabelle, une fille de ma classe, protestante, dont les parents étaient l'un professeur de médecin et l'autre (sa mère) dans la recherche médicale. Mon second semestre fut celui d'une passion, platonique hors quelques rares baisers vers la fin. Une passion qui me fit écrire nombre de poèmes, dont le genre par lui-même occultait ce qui avait été leur genèse, et donc l'être qui les inspirait.  Ils furent ainsi publiés, en une pleine page, dans le journal de l'Ecole ; les éloges de quelques professeurs me firent prendre la mesure de ce qu'était la vanité d'auteur ...

 A la fin de ce semestre, se présenta évidemment l'échéance des vacances scolaires, et donc celle de la séparation qui allait en résulter. Curieusement, elle ne surgit qu'assez tard à mes yeux, mais ce fut alors pour moi un choc d'une violence si terrible que je ne parviendrais jamais à lui attribuer un qualificatif qui rende compte de la dévastation dont d'un coup elle m'avait traversé.

 Deux ans plus tôt, passant le mois d'août dans un "home d'adolescents" dans le Vercors où j'étais le plus jeune garçon, j'étais tombé amoureux une première fois, et de la plus âgée des quelques jeunes filles qui y séjournaient. L'enchantement avait été immédiat et il me fit déjà vivre une passion, ou ce qui en était très proche. Mais sans que je déclare ma flamme car la différence d'âge y faisait pour moi obstacle, et sans que la relation aille au-delà des sorties de marche que nous faisions les après-midi - et, à une exception près pour la toute dernière d’entre elles, toujours en compagnie de l'un des fils de la dame qui tenait ce home d'ados, devenu un ami.

J'appris brutalement que le séjour de cette Malou se terminait. Quelle tristesse ce fut ! Et elle approfondissait soudain le relief qu'avait pris pour moi la lecture, les semaines précédentes, du Petit Prince de Saint-Exupéry (ce qui se reporta plus tard sur mon audition du disque tiré de ce conte et prodigieusement interprété par la voix de Gérard Philippe) : oui, à cet été-là, le Petit Prince devint mon instruction de ce qu'était l'amour, et me donna la première intelligence des souffrances qui l'accompagnaient. Dès le départ de Malou, je m'aperçus que je perdais pied, tombant dans une espèce de vide que je n'avais jamais connu. Je n'avais plus rien d'autre en tête, ou devant les yeux, que son absence, toujours présente, à la fois lancinante et inexplicable, et qui entourait chaque instant d'un désert sans limite. 

 Je ne commencerai à sortir de cet enfermement que lorsque, fin août, mes parents vinrent me chercher pour me ramener à Paris. Ou, plus exactement, après que mon père, cédant à mon insistance (à laquelle j'avais donné la raison la plus vague possible), m'accorde un détour par la banlieue lyonnaise où habitaient les parents de Malou. Etrangement, je ne garderai que des images douces mais muettes de cette dernière rencontre entre nous. L'impact de la séparation avait peut-être diminué l'espace de ma mémoire voué à retenir l'ultime épisode de ce premier amour. 

Nos départs respectifs, en vacances pour Isabelle, en séjour linguistique en Angleterre pour moi, ne me firent pas revivre ce que j'avais auparavant vécu : disons que la séparation, cette fois, me fermait toute ouverture sur la vie. Qu'elle fut destinée à être brève - guère plus de deux mois -, ne comptait pas : elle signifiait simplement que sa charge de violence, pour moi incommensurable, ferait que je n'en atteindrais pas la fin. Parce que la durée d'un désespoir ne se prêtait pas à être raisonnée, et parce que le désespoir à lui seul décidait de tout. Ce qu'il fit, en occupant mon esprit d'une certitude qui ne laissa aussitôt de place à rien d'autre : ma vie ne continuerait pas son cours dans la privation d'Isabelle qui se refermait sur moi. Il n'y eut pas d'intervalle entre l'acquisition de cette certitude et ma décision, et je crois au reste que l'une et l'autre prirent place avant même la date où Isabelle avait à partir en Normandie avec ses parents. 

Une semaine plus tard, mes préparatifs étaient faits : pour ce qui prit le plus (et beaucoup) de temps, l'écriture de la lettre d'explication que j'avais à laisser à mes parents et à mes frères, et pour ce qui ne pouvait se situer qu'au tout dernier moment, le détournement des somnifères dans la pharmacie familiale. Le soir venu, je laissais la lettre bien en vue sur mon bureau et je pris les médicaments avant de gagner mon lit pour ce que je m'attendais à être ma dernière nuit. Je pensais avoir largement compté la quantité de somnifères à avaler : pourtant, je me réveillai au matin, tout juste passablement embrumé. Pour retourner aussitôt puiser d'autres pilules dans la pharmacie de la famille - on me dira plus tard que j'avais pris tout ce que celle-ci en contenait -, et les avaler au plus vite, pour qu'elles aient le temps de faire leur effet, avant de regagner mon lit.  

Je me réveillerai à l'hôpital Cochin. Ma mère, ou l'un de mes frères (je m'y perds un peu dans les récits qui m'ont été faits à l'hôpital), étonné(e) de ne pas me voir apparaitre, était allé(e) voir pourquoi je n'étais pas encore levé. Et ce furent donc aux ambulanciers des secours de me tirer du lit. Je sortirai de l'hôpital au bout de trois jours, après avoir dû entendre les remontrances d'un interne et, également, celles de mon frère ainé et parrain. Ma mère me parla seulement du drame que cela aurait été pour Isabelle si elle était venue à apprendre la place qu'elle avait eue dans un suicide que j'aurais réussi. 

Ensuite, le silence s'installa. Personne n'évoqua plus ce que j'avais fait, ni n'y fit la plus infime allusion : j'en déduisis que c'était là la seule réponse possible à ce que j'avais commis d'impensable. La vie familiale reprit son cours ordinaire, ce qui me sembla évidemment un peu étrange dans un premier temps.  

Pendant mon séjour en Angleterre, intervint la rupture entre Isabelle et moi : elle m'avait écrit qu'elle ne voulait plus recevoir, tous les deux ou trois jours, un courrier interminable où je dissertais sur la passion qu'elle m'inspirait - probablement, craignait-elle surtout que ses parents l'interrogent sur la fréquence des lettres  qui lui parvenaient ainsi durant ses vacances dans le petit manoir familial (peu avant la rentrée, pour que la paix revienne entre nous, je lui fis une visite d'amitié au détour d'une randonnée pédestre et je découvris le charme de ce lieu en surplomb d'une boucle de la Seine). Dans l'immédiat, je répondis à sa mise en demeure par un court emprunt au Ruy Blas de Victor Hugo, emprunt qui répondait à son exigence de concision de ma part. Rien qu'un vers tiré d'une lettre que le roi d'Espagne adressait à la reine depuis l'une de ses chasses et qu'une dame de compagnie (convenance de l'époque) lisait à haute voix devant celle-ci - Ruy Blas, déjà "vers de terre amoureux d'une étoile", présent parmi les laquais étant l'un des auditeurs : 

"Madame, il fait grand froid et j'ai tué six loups".

 Mon récit pourrait trouver ici sa fin. 

Mais il ne serait en l'état qu'une succession de faits, pour l'essentiel insolites ou choquants. Le court extrait d'une autobiographie, propre à être lu, au minimum, avec sévérité.  

J'y ajoute ce que la dite séquence m'a laissée, et me laisse, comme interrogation. Et également ce qui pourrait être, non la circonstance atténuante de mes actes, mais la sorte d'enseignement que j'ai pensé pouvoir en tirer.  

L'interrogation porte sur ce qui pourrait expliquer que j'ai commis une tentative de suicide en deux temps. Le second dès mon réveil de ce que j'avais pensé être ma dernière nuit : ma résolution était-elle si forte que ma nouvelle prise de somnifères s'est décidée comme si elle s'enchainait spontanément avec la première (et dans une continuité de mouvement dont un défaut de conscience de la durée de mon endormissement initial donnait l'illusion, ou quelque chose d'assez voisin) ? Ou bien, les somnifères pris en premier m'avaient-ils affaibli au point d'abolir tout réflexe déclencheur d'une nouvelle réflexion aux fins de confirmer ma décision ? Je demeure irrévocablement sans réponse quant à l'espèce d'automaticité de ma récidive. 

J'ai en revanche appris, dans le vécu de cet épisode, que j'étais de ceux et de celles dont le cœur se brise, et non se bronze, dans l'absence de l'être aimé. Une alternative dont le premier terme active une prédisposition à tout briser en soi et autour de soi, l'absence n'eût-elle qu'une durée que les autres jugeraient tout à fait supportable, et sa raison fût-elle dépourvue du caractère dramatique qui justifie trop les plongées dans l'abîme. Ce constat enclencha un apprentissage de la résilience qui s'opéra - il me semble bien - sans m'investir dans un combat personnel : entrait très probablement en cela qu'à trop me confronter à cet apprentissage, je devais craindre de le remettre en cause. Mon premier mariage, très précoce (j'avais 18 ans), m'écarta au reste d'une autre confrontation avec la solitude affective.  

La résilience était en tout cas acquise quand, bien plus tard, une nouvelle passion survint dans ma vie : j'étais trentenaire et amoureux de celle qui devint ma seconde épouse. 

> (…). 

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                                                 gmail.com> a écrit : MESSAGE INITIAL

Vous savez les Africains demandent « comment ça va avec la douleur » ? (J’ai connu professionnellement beaucoup d’africains et d’africaines) je répondrais « pas bien » ! Sur l’échelle de 1 à 10 des occidentaux, je suis à 8… L’absence d’un être aimé est une souffrance constante.
Michelle

jeudi 26 mars 2026

L'ABSTINENCE exigée, une incompréhension ou une ingratitude ?

 > Ou d’abord une aberration construite par les autorités des cultes qui tiennent ‘’l’acte de chair‘’ pour foncièrement impur.

 

> D’où ce manifeste et cette méditation. Proposés aux croyants et aux non croyants. Pour partager une même libération des arriérations du pur et de l’impur.

Et des névroses que le cerveau humain accueille avec une inépuisable hospitalité. Ou qu’il ne cesse de nourrir quand il les a lui-même produites.  

Un article qui fait écho à un autre article*, d’inspiration voisine et très remarquable, mais qui le prolonge dans une tonalité plus accusatoire et plus polémique.  

Il se présente comme une confrontation des intellections religieuses de la sexualité, entre assimilation de la chair au péché et recherche spirituelle visant à élever l'acte de chair en tant que don de D.ieu. 

Une confrontation qui oppose, à son départ, la sacralisation de l'abstinence qui s'est ancrée dans les christianismes depuis leur origine - et la dévaluation catholique du féminin qui est allée de pair -, et le legs par le judaïsme du sens de la création d'humains sexués - une signification initiée par le récit de la Genèse. 

Une confrontation qui a voulu dépasser son interpellation des arriérations derrière lesquelles l'Eglise romaine a fortifié l'institutionnalisation de son pouvoir. En tentant un dépassement exégétique susceptible d'être lu par nombre de catholiques et d'autres croyants, mais aussi de non croyants, comme une ouverture au service de l'intelligence du croire et de l'attrait pour le champ spirituel.  


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« VIVRE COMME FRÈRE ET SŒUR » :

ou l’abstinence, entre incompréhension et ingratitude.


Un texte qui veut faire écho à un article de Marcel Bernos*. Lequel nous apporte une réfutation, calme, posée, et qui a tout pour donner à penser qu’elle est sans appel. 

La réfutation de la gangue de préjugés, d’inventions et d’emprunts à des dévoiements de l’esprit humain, sous laquelle – hors quelques exceptions éclairées – le christianisme configuré et institutionnalisé par ses églises a enfoui ce dont il était né : l’esprit et la pensée du Galiléen. Une gangue formée et épaissie sur des millénaires, et dont la pesanteur se lit notamment aujourd’hui dans l’incompréhensible et injustifiable exclusion des femmes de ce que le catholicisme désigne comme les ‘’ministères ordonnés’’, et de leurs fonctions annexes – et tout autant dans les raisons qui lui sont prêtées. 

>>> L’invention du ‘’pur’’ et de l’‘’impur’’. 

Le point de départ de cette réfutation est donc le débat ouvert sur l’ordination d’hommes mariés : une possibilité qui serait assujettie à la condition impérative que, dans le couple concerné, l’homme et la femme, sans se séparer, se soumettent à l’obligation « de vivre comme frère et sœur ». D’où la question qui vient immédiatement à l’esprit : pourquoi, Seigneur, faudrait-il que cet homme et cette femme cessent d’exprimer leur amour dans la relation charnelle où ils se sont unis ? Question qui n’attend pas longtemps sa réponse : parce que « l’acte sexuel est impur même entre gens légitimement mariés ». 

En résulte que la « continence (est) exigée pour servir Dieu », une continence synonyme de ‘’pureté’’. Et qui identifie ainsi le ressort mental qui crée de toute pièce le critère d’aptitude au ‘’service divin’’. Quant à l’exclusion des femmes de ce service, elle déborde de beaucoup le champ de l’acte sexuel puisque le féminin est jugé impur par nature : d’une impureté qui est irrévocablement liée aux menstruations et s’étend à l'accouchement. En toile de fond des interdits surabondants et des plus humiliants rituels de purification, se projette aussi la faute imputée à Eve, qui fait de la femme la source du péché. 

L’association des menstruations à une image de répulsion – par ignorance ou déni du processus biologique amenant au don de la vie - façonne, et très probablement depuis la nuit des temps, la représentation d’une disqualification du féminin pour cause de souillure. Une représentation qui a pu tirer son invention des effrois ou des dégoûts, suscités par la vue du sang – et plus profondément de ce que la capacité au symbolique de notre espèce est allée puiser dans des sauvegardes primaires imprimées dans son cerveau archaïque pour en faire le matériau de sa relégation du féminin. 

Cette fabrication d’un corps ‘’souillé’’ appelait presque naturellement celle des notions de ‘’pur’’ et d’’impur’’, bâties sur des fautes ou des simplismes de traduction (et si pernicieusement névrotiques). Deux concepts que le monothéisme aurait dû invalider et anéantir : comment un Dieu reconnu comme unique et comme source du Bien aurait-il pu créer quoique ce fût d’impur ? 

>>> Le littéralisme :

comment fabriquer des idoles avec des mots ? 

L’opposition de la pureté et de l’impureté est pourtant censé avoir concouru à l’immense corpus de prescriptions auxquelles se réfère le judaïsme, dont celles qui, sous la codification de ‘’pureté familiale’’, régissent la séquence menstruelle, son avant et son après : le nombre des intimations que l’homme et la femme ont à y respecter et la notification si minutieuse qui en est faite pour chaque clause particulière traitée, ont pu convaincre que résidait là pour les juifs l’un des sujets les plus essentiels parmi ceux traités dans les énoncés et les interprétations de la Loi. 

Mais cette conviction, qui renvoie aux courants orthodoxistes du judaïsme, ne se comprend-elle pas comme entachée d’un tel littéralisme et d’une telle fixité qu’elle produit d’elle-même sa mise en examen ? Pour la simple raison, que rien ne parait plus intrinsèquement étranger à l’intellection juive que l’interprétation qui s’arrête au premier degré et que l’immobilisme de la pensée. 

D’autres courants du judaïsme ont interprété cette codification dans un sens symbolique ou allégorique – ce qui pouvait s’accorder, entre autres ouvertures, à l’un des guides de l’approche des écrits : ‘’pour chaque verset, il est sept lectures’’. 

En est ressortie une émancipation où la textualisation initiale s’entendait comme une somme d’intimations archaïques, figées sur les enracinements de leur composition (puis de leurs traductions), dont la conservation n’aurait eu pour sens que de procurer la matière première de toutes leurs élévations exégétiques et, partant, de tous leurs dépassements spirituels à venir. 

>>> Qui a ajouté à la Parole que « l’acte sexuel est impur » ? 

Ce qui appartient en propre au christianisme occidental, en tant que religion de pleine séparation d’avec le judaïsme, est d’avoir entouré d’une impureté de principe apodictique la relation sexuelle, en elle-même et en ses composantes. Comment ce flétrissement de ‘’l’acte de chair‘’, sa conjugaison avec l’état de péché, et sur le mode du péché le plus fustigé, ont-ils pu s’élaborer, se concevoir comme irréfutables et être érigés pour des millénaires en constituant de l’appartenance chrétienne ? 

Sinon comme l’une des inventions greffées sur le message originel, ou l’un des emprunts faits à d’autres cultes, dont la validation est l’œuvre de l’appareil ecclésiastique qui prend le pouvoir à compter du IVème siècle et qui, dès Nicée I, s’investit de la légitimité de reconfigurer, par les dogmes et doctrines qu’il consacre, ce qui avait été transmis de l’enseignement du juif Jésus. Une reconfiguration qui ira, entre autres ajouts à cet enseignement et autres séparations radicales d’avec les sources juives, de la conceptualisation trinitaire à l’énonciation terminale de l’Immaculée conception. 

Passés les premiers siècles, et le foisonnement de leurs lectures interprétatives des restitutions tardives du legs de la Parole, les nombreuses communautés d’intellection et les multiples dissidences exégétiques - constituées pour une large part dans une mitoyenneté judéo-chrétienne - entrent dans un processus de marginalisation : leur élimination s’inscrira dans la volonté unitaire de l’Eglise qui fonde la nouvelle religion et en édicte le credo, et qui entame son interminable construction disciplinaire. 

Une construction à laquelle appartient la réprobation de la sexualité, et son enracinement dans le discours prescriptif tant du catholicisme cléricalisé que du protestantisme conservateur. Avec l’illustration confondante qu’en donnait la direction médiévale des consciences, en enseignant que la recherche du plaisir dans l’acte de chair conjugal se positionnait comme un péché pire que l’adultère. La formulation se ferait sans doute aujourd’hui plus prudente, mais le fond de la pensée a-t-il vraiment significativement changé ? 

Il suffit pourtant de relire la création de l’humain telle que la Genèse en transmet la figuration pour prendre toute la mesure de la séparation chrétienne d’avec l’éclairage biblique du sens de l’apparition d’une humanité sexuée. Un sens qui ressort d’une démonstration en trois actes : Dieu observe qu’il n’est pas bon que l’Adam premier, dont il est répété que « homme et femme il a été créé », reste seul ; il le sépare donc en deux êtres distincts, donnant vie à un homme et à une femme, et, en même temps, il répare cette séparation en offrant à ces deux créatures différenciées le moyen de se réunir à nouveau à chaque acte d’amour partagé. Le judaïsme reconnaitra cette union en son accomplissement, signifié dans la chair, qui met en œuvre la transmission de la vie et la plus intime communion des âmes et des corps. Communion dont procède, dans toutes ses composantes et ses apports réciproques, le bien être promis au couple. 

>>> Tout n’était-il pas dit dans la Genèse ?

Résumer en à peine plus de trois lignes une intellection juive n’est pas seulement ce qu’il y a de plus téméraire : redisons que c’est toujours voué à être réducteur. Mais, ici, il importait d’abord de placer en leur opposition radicale les visions de la sexualisation respectivement portée par l’entendement juif qui exalte le récit de la Genèse, et par la sanctification de l’abstinence à laquelle n’a cessé d’œuvrer le ministère chrétien, en réduisant l’acte de chair à l’impureté qui entoure sa commission. 

Une opposition où se lit - et peut-être plus clairement encore que dans les inventions dogmatiques de la théologie conciliaire chrétienne - le divorce entre un christianisme érigé en religion et sa source que cartographie le monothéisme juif. 

Parce que la séparation qui y intervient est exemplairement marquée, en tant que rupture de filiation, par un abandon de l’écrit biblique, et du plus signifiant en ce qu’il met en images l’apparition de l’Homme en deux créatures sexuées porteuses de la même vocation : celle d’insuffler l’esprit d’amour, et de l’inscrire en actes d’amour, dans un monde où l’attachement et l’affection existait déjà dans les espèces animales, mais où notre espèce reçoit la mission de faire de cet amour, dans ses formes et expressions multiples, le fil conducteur du vivant jusqu’à la consommation des siècles. 

Ce qui interpelle les constructions humaines des prohibitions attachées à la chair, qui ont en commun que leurs auteurs les ont édifiées pour attribuer à Dieu des injonctions et des interdits qu’ils tiraient inlassablement des désordres de leur appréhension mentale de l’existant et du vécu de la sexualité. 

L’interpellation leur oppose le cheminement spirituel dessiné dans la rédaction de la Genèse pour ouvrir tous les couples au discernement de la raison d’être du don d’amour. Pour les mener à la grâce indépassable de pouvoir intimement ressentir la bénédiction de ne plus former qu’une seule chair, et d’atteindre, dans cette expérience indicible vécue en un instant, l’aperçu d’une conscience de leur fusion dans un même être. 

Une fusion où la chronologie biblique de la création humaine s’inverse juste le temps de rendre au désir et au plaisir leur vocation : mener les deux êtres qui s’unissent à une réintégration amoureuse, intermittente et fugitive, dans une image du premier Adam. 

>>> « ...et ils seront une [même] chair ». 

Citer, là encore, la Genèse, et après avoir plaidé que l’acte de chair est un don du Créateur, n’est-ce pas répondre à la question, si adroitement subversive, de Marcel Bernos qui fait le titre à son article : ’Faut-il supprimer le mariage de la liste des sacrements ? ‘’. Et par un « oui » que ne suspend aucune hésitation. Parce qu’au plus lointain de notre connaissance, Genèse 2 nous a appris que le mariage existe du seul attachement que se portent les futurs époux et qui, à la joie de Dieu, s’épanouit entre eux : 

« … l'homme (…) s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair ». 

Nul besoin de sacramentel, de rituel ni de bénédiction officiée : en son épanouissement, le partage consenti de l’amour contient tout ce qui transforme cet homme et cette femme, en les nantissant de la grâce de se rejoindre, corps et âme, et de s’incarner dans l’unité du couple humain. 

Et le texte biblique, dans sa conclusion, surélève encore l’attachement dont procèdent cette grâce et cette incarnation, en mettant en lumière que la pudeur n’y a pas de place : « L'homme et (la) femme étaient tous deux nus, et ils n'en avaient point honte ». Cet abandon de la pudeur se lit comme une insistance pédagogique : la confirmation, indéniable et presque cinglante, que les deux êtres deviennent un, qu’ils vivent et qu’ils se voient en « une seule chair ». 

Il se lit aussi comme une remontée à la source du cheminement spirituel qui rend inséparables les constituants et les élans de l’amour. Et qui restitue ainsi au désir et au plaisir la dimension que Dieu leur a conférée par sa création d’êtres sexués. Un chapitre de la Création qui ne témoigne pas seulement de l’amour divin – déjà tout entier à l’œuvre dans chacun des chapitres qui l’ont précédé -, mais qui suggère que cet amour et celui qui attache deux créatures l’une à l’autre sont de même essence. 

De là peut nous venir l’intuition que dans le moment où ces deux créatures s’unissent par l’acte de chair, une lueur spirituelle porteuse du sens de leur communion viendra donner, sur le temps d’une pulsion de la vie, un éclat de sa lumière à leur orgasme. 


Didier Levy - 21 mars 2026 

* " Faut-il supprimer le mariage de la liste des sacrements ? " – Article publié par le blogue « Garrigues et Sentiers » le 3 février 2026.

https://www.garriguesetsentiers.org/2026/02/choses-vues-ou-entendues-29-faut-il-supprimer-le-mariage-de-la-liste-des-sacrements.html 

NB : l'auteur de cet article, contrairement à ce que donne à penser son patronyme, n'est pas juif - du moins dans la définition qui a très majoritairement cours dans les principaux courants du judaïsme. Sa mère et sa branche maternelle étaient catholiques, et c'est dans cette religion qu'il a été élevé et éduqué. Plus tard, il s'est mis en recherche de la connaissance et des intellections attachées à sa filiation juive du côté paternel et dont il n'avait eu, dans ses années de jeunesse suivant l'Occupation, aucune transmission. Le point de vue qu'il développe dans son texte fait partie de son incessante confrontation entre les pensées chrétiennes et juives (il en était allé de même notamment pour son article "La honte du corps : un blasphème millénaire ?" publié par Garrigues et Sentiers le 3 janvier 2023, et faisant déjà suite à un article de Marcel Bernos). 

samedi 17 janvier 2026

LE POINT. ENTRE LE D ET LE I, ou : Les Juifs ne créent ni leur Dieu, ni son Nom.

        Il s’agit bien de ce D.ieu, qui nous déconcerte tant, et de ce point entre le D et le I dont les approches, et a fortiori les interprétations, produites par le judaïsme, outre d’être nombreuses et fort complexes, sont si profondément raisonnées au sein de la Tradition et de la pensée dont elles émanent, que l’investigation que nous pourrions y mener ne tarderait pas à nous faire renoncer à en dégager une signification assurée. Rien d’étonnant au reste : car nous serions en interrogation de la spiritualité de l’infini, là où le monothéisme se reconnait en ce qu’il enseigne que ‘’pour chaque verset, il est sept lectures’’.

Ce qui se retrouve comme le point commun à tous les déchiffrages des appellations données à Dieu dans les Ecritures et les textes du judaïsme pour ne pas lui attribuer un Nom. Et qui s’accorde à l’intellection juive selon laquelle ‘’rien ne peut en définitive être dit de Dieu’’ [1].

 

« Le Nom » et tout est dit.

L’intimation qui nous vient ainsi des Ecritures peut donc s’entendre comme celle de ne pas donner de nom au Créateur – si ce n’est précisément, du côté du judaïsme et pour le respect le plus rigoureux de cette intimation, celui de « Le Nom ». Les délimitations du champ de cet interdit ont, de plus, toutes été assorties de l'interdiction de se servir d'un mot de substitution qui puisse se transformer en la figuration d'une idole ou en son équivalent.

L’ensemble du prescriptif qu’on a tenté ici de résumer constitue un énoncé qui fait corps avec le monothéisme, et qui est par conséquent à jamais inséparable de celui-ci (il se retrouve évidemment dans l’Islam). Pour les juifs, il se traduit par le fait que ceux-ci ont à leur disposition : D.ieu, L'Eternel et en fin de compte la suite des 72 noms qui forment les appellation, immensément complexes, validées dans la très longue durée du judaïsme, et dont la codification en hébreu ouvre un champ presque infini à l'exégèse, ainsi au demeurant que les modes de lecture qui s'y attachent [2]. De leur côté, les chrétiens ne se sont pas détachés de ce prescriptif : ils ont retenu le Père, tout employant Dieu (et mon Dieu) ; s'y ajoutent toutes les appellations appliquées à Jésus, spécialement celles de Le Messie et Le Sauveur ; plus celles qui peuvent en appeler à une tentative de clarification – ainsi face à l’opacité trinitaire, pour interroge, sans réponse possiblement unanime, le Fils de Dieu en sa cohérence avec le Fils de l'Homme. Seigneur, pouvant, lui, s'adresser au Père et au Fils.

Et dans l’inventaire auquel les substitutions visant l'invocation de Dieu peuvent donner lieu, l’impression susceptible de prévaloir ne serait-elle pas que, pour l'écrit, l'invention de D.ieu par le judaïsme apparait comme la solution la mieux accordée à l'intellection du monothéisme quand celui-ci doit se tourner vers la plus indépassable figuration du spirituel : les juifs ont trouvé un mot imprononçable, comme l'Etre qu'il évoque est inconnaissable. Pour l'oralité, pour la parole humaine, ils ont aussi privilégié ce qui renvoie à l’Inconnaissable, à ce qui gravite autour de Lui.

 

Les chrétiens et l’inconnaissable.

Pour ce qui est du christianisme, méditer sur ce D.ieu peut-il offrir le point de départ d’une rencontre et d’une révision spirituelles ? La réponse se risquera à se faire négative : la sécession chrétienne d’avec le judaïsme, aboutissement de la séparation progressive, au cours des premiers siècles de ‘’l'ère chrétienne’’, des christianismes primitifs et du judaïsme rabbinique, a distingué et confronté pour des millénaires deux religions dont la plus récente méconnaitra jusqu’à Vatican II sa filiation, du moins en ce que celle-ci avait de plus essentiel, avec la plus ancienne. De sorte qu’elle tiendra entre ses mains une transcription humaine de la Parole dont l’intellection sera privée des signifiants déposés dans les écrits juifs constitués au fil du temps, et, partant, dans toute l’étendue des référentiels sur lesquels le juif Jésus a construit et délivré son enseignement.

Comment ne pas en venir à penser que le christianisme, en délaissant ce champ de fouilles – inépuisable -, a comblé les vides de son appréhension en en se dotant de concepts étrangers au monothéisme originel, voire en s’ouvrant à des emprunts auprès des paganismes qui l’entouraient ? Tandis qu’avec l’institution précoce de son appareil ecclésial, il se reconstruisait un Temple et installait un ordre de prêtre dont le judaïsme s’était, lui, libéré à la chute de son propre temple.

Les chrétiens ne sont pas, pour autant, privés de tremplin pour se lancer dans une examen critique de l’armature théologique des christianismes. Et, avec une liberté égale à celle des non-croyants, dans une mise en examen, une à une, des interprétations, le plus souvent figées depuis les siècles les plus lointains, qui ont été le matériau de cette armature et des surabondantes édictions doctrinales que celle-ci a produite. Avec l’idée qu’en ce révisionnisme contestataire, l’élan de la pensée pouvait venir, comme dans le judaïsme, d’une échantillon de mots, assez impénétrables, ou au moins assez grandement complexes, pour remettre en mouvement ce qui n’aurait jamais dû être statufié. Ou d’un mot unique, accordé à une manière d’intuition ou éclairé d’une franche lumière, auquel confronterait la relecture de ce qui nous est venu de l’enseignement de Jésus le nazaréen : n’est-ce pas privilégier le plus probable que de s’attendre à ce que, dans cette relecture, la confrontation se lie à l’affirmation révélatrice que Dieu est amour ?

 

« Dieu est amour », et de nouveau tout est dit ? 

Amour n'étant pas une propriété attribuée au divin, mais l'un des noms qui nous viennent presque naturellement quand notre esprit se tourne vers le Père. Et peut-être le seul dès lors que notre entendement en est venu à concevoir que ses questions ont à cheminer dans une subversion de l’acquis tel que celui-ci a été a gravé dans nos mémoires. Hors de cette subversion, Amour a déjà pour lui de s‘accorder avec l’interdiction de donner un nom à Dieu, ou de lui en attribuer un qui façonne une idole.

Aborder ce qui fait le fond de ce "Dieu est amour", c’est déjà croire pleinement que l’esprit n’entend pas cesser de venir au monde. Et s’il en faut un indice, ne se lit-il pas déjà – même pour qui est le moins porté à se référer à la pensée d'ecclésiastiques - dans ces phrases du théologien français, François Varillon sj : "Dieu n'est qu'amour. Il ne peut donc que ce que peut l'amour. Mais que peut l'amour ?".  Leur intelligence, sans doute parce qu'elle s'aventure aux abords du champ de l'hérésie - en ce qu'elle donne à concevoir que la Toute-puissance de Dieu rencontre une limite -, nous laisse aussi deviner une piste qui sinue vers le mystère du mal : une piste infime, mais qui a tout pour se tracer très profondément dans notre esprit.

Amour n'a-t-il pas en fait une autre signification que celle d’un synonyme, ou celle d'un équivalent ? Ne propose-t-il pas - dans un saisissement de ‘’la beauté du monde qui éclate mystérieusement’’ - un autre nom de D.ieu, et plus décisif que ne pourrait l'être L'Eternel ? Car il rend compte, non pas seulement de tous les infinis auxquels renvoie la référence à l'éternité, mais - et en totalité - de l'idée qui peut habiter et éclairer notre monde spirituel : l'amour est en D.ieu, il en est, vis à vis de nous, comme l'âme créatrice, et par là il contient en son entier le sens de l'œuvre de création.

La vraie perfection de l'Alliance ne résiderait-elle pas dès lors dans la promesse qui ne s'y énonce pas, mais que la Parole a commencé à faire entendre. Une promesse qui peut se projeter vers le jour où le Nom propre, donné pour ne pas être prononçable, le deviendrait et serait accessible à la compréhension : celle précisément que penser au mot Amour, c'est déchiffrer le tétragramme YHWH.

Aurions-nous un récit prophétique de ce déchiffrement, celui-ci ne ferait-il pas une place à l'instant où le buisson ardent se verrait rallumé pour œuvrer à cette intellection, et pour y éclairer rien moins qu’une nouvelle révélation : le créateur et la création ne se distinguent pas dans l'amour, et cela vaut pour toutes les acceptions de l'amour, pour toutes ses expressions et dans toutes ses dimensions. Et dans toutes les élévations où l'amour unit, corps et âme, deux créatures qui n'en feront plus qu'une - la vocation fusionnelle que génère et accomplit le couple pouvant, qui sait, proposer également une belle esquisse de la communion universelle espérée pour la fin des temps.

Ce qui se lirait comme la révélation ultime qui nous offrirait de comprendre que l'amour est l'alpha et l'oméga. Qu'ainsi il précède le commencement, et règne sans partage dès le jour où toute finitude de la vie qui l'a mis en doute est abolie. Et qu'ainsi se fonde alors la résurrection des corps.

Didier Levy

 

NB : l’auteur de cet article, contrairement à ce que son patronyme conduit tout naturellement à penser, n’est pas juif – il n’est pas reconnu comme juif dans la plupart des courants du judaïsme parce que sa mère était catholique. De sa branche paternelle la plus proche, agnostique depuis au moins deux générations, aucune transmission du judaïsme ne lui est venue. Et d’autant moins, que pour ses parents qui avaient vécu les drames et été témoins des horreurs de l’Occupation, la prudence commandait que cet enfant, né peu après la Libération, ne soit pas identifié - hors son patronyme - par des traits de sa filiation juive. Tard dans sa vie, il s’est penché sur ses racines inconnues, et a commencé à entrevoir, appuyé par des éclaireurs de premier plan, quelques premiers abords des profondeurs immenses de la pensée juive.

[1] Citation qui renvoie à la théologie dite négative, approche qui insiste plus sur ce que Dieu n'est pas que sur ce que Dieu est.

[2] Un ‘’champ presque infini’ dont le point culminant, et inatteignable, se situe dans la confrontation, partagée par juifs et chrétiens, d’un insondable énoncé qui récuse toute interprétation jusqu’à la fin des temps : ''Je Serai celui qui Sera'' [celui que je serai]. Une récusation encore plus extrême résidant dans l'imprononçable YHVH : le nom révélé à Moïse au buisson ardent, et qui est ainsi un don de Dieu « car les Juifs ne créent ni leur Dieu, ni son Nom ».